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Katalin, ma fille, arrête tes bêtises, reprend tes euros et écoute-moi.

Tu sais, ma vie a toujours été un chemin d’épreuves fleuri de joies.

Tiens, un exemple : Je suis née au village, juste quand les Allemands ont laissé la place aux Russes. On était pauvre, on mangeait mal… et j’étais heureuse. Mais après les évènements de 1956, dont on ne parlait jamais, mon frère n’est pas revenu de Budapest. Et mon père m’a mis à travailler aux champs, j’avais onze ans.

László était le plus bel homme de Hongrie et on s’aimait. Mais son père était koulak et László critiquait le parti. Un jour il a disparu. Quand je l’ai cherché comme une folle on m’a ordonné d’aimer quelqu’un d’autre.

A la fin ils ont gagné : j’ai fini par épouser le plus riche membre du parti du village. Tu es née après 2 fausses couches. J’étais riche et malheureuse. J’ai vécu un enfer avec ton père pendant quelques années, le temps que l’alcool l’achève et me laisse avec toi. Tout à coup j’étais pauvre et rayonnante de bonheur. Je fabriquais des paniers en te regardant grandir.

Tu avais à peine vingt ans quand tu as senti le grand courant d’air d’un mur qui s’écroulait. Je ne t’ai pas encouragée, Katalin, mais pas retenue non plus : tu as pris tes maigres affaires et tu es partie dans ce bus pour aller vivre dans ton rêve d’Ouest.

Moi je suis restée dans ce monde qui tombait.

Et maintenant tu reviens et l’Ouest t’a tant changée… Ma pension est maigre mais je ne veux pas de ton aumône.

Si tu veux m’aider, Katalin, reviens vivre par ici. Des oiseaux trop noirs volent au-dessus de nos villages.

Ibolya

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